Une fleur de myosotis bleu
dont un pétale se détache vers le haut sans tomber
La fleur de myosotis dit : « ne m’oubliez pas »
Le pétale qui se détache sans tomber dit :
« même si je ne peux m’attacher à vous »

Bienvenue sur le site de
PETALES Belgique

Le site de l’association de Parents d’Enfants présentant des Troubles de l’Attachement,
L
igue d’Entraide et de Soutien

De la théorie à la vie quotidienne
Partie 1 : L’attachement : ses troubles et ses défis.

Bonjour,

Merci à tous de vous intéresser à la question de l’attachement.
Elle est fondamentale pour tout être humain.

Je commencerai donc par la théorie de base de l’attachement et ce qui découle d’un attachement solide qu’on dit secure.
Et puis les différents modes d’attachement et ce qui découle des attachements dits  insecure.

Nous parlerons aussi des spécificités de l’adoption qui chez nous a été un des révélateurs de la question de l’attachement.  Ces spécificités sont importantes à comprendre dès le projet d’enfant.

Parce que toutes les vies sont particulières.


Nous les humains, naissons tous prématurés, c’est-à-dire incapables d’assurer seuls notre survie. Beaucoup de nos organes, dont notre cerveau, sont encore en pleine maturation.
Beaucoup d’autres animaux sont  à des degrés divers dans la même situation.  Mais les humains ont la particularité d’être encore plus lents à acquérir les compétences nécessaires à leur survie et de devoir en acquérir beaucoup plus et de plus complexes.

Beaucoup de documentaires  nous montrent maintenant des naissances.
Comment nait par exemple un girafon ? La girafe reste debout, le girafon sort de sa mère et …tombe un mètre plus bas, assommé.  Mais quelques instants plus tard, avec l’aide de la girafe qui le sollicite, il reprend des forces, se met debout sur ses jambes, et commence à marcher.

Bien sûr, n’imaginons pas un traitement pareil pour un bébé humain. Il lui faudra des mois pour se mettre sur ses jambes. Avant cela, il devra être porté. (1)

Avez-vous déjà vu la naissance d’un petit kangourou ?  Cette petite larve de quelques centimètres qui sort de son énorme maman et qui avec une énergie incroyable s’agrippe aux poils de celle-ci et  avec la ténacité d’un alpiniste conquérant un sommet, remonte jusqu’à la poche où il pourra poursuivre sans danger sa vie prénatale.

Chaque espèce a trouvé ses moyens pour survivre  après  sa naissance et pour poursuivre sa gestation en toute sécurité.

Une autre jolie histoire.
Un petit enfant naît.  A peine sorti, il est sur le ventre de sa mère. Il rampe un peu, le visage tendu.  Il trouve le regard de sa mère, y plonge les yeux et lui sourit.  Il entend une voix tout près, une voix connue mais un peu plus claire que d’habitude.  Il tourne la tête vers cette voix et lui sourit.
Ces trois-là sont déjà bien attachés. Par le toucher, le regard, la voix et la connaissance les uns des autres qu’ils ont acquises dans les mois qui ont précédé.
Le nouveau-né a reconnu le corps de sa mère, la voix de son père.  Il leur a tendu la perche de son regard.  Ils s’y sont accrochés. Dans ce monde inconnu où il vient d’entrer, il sait qu’il n’est pas seul.  Il y est avec de vieilles connaissances qui sont près de lui depuis longtemps déjà.  Il peut s’endormir en toute confiance.  Il est chez lui, dans son pays d’origine.  Cette confiance, cette sécurité, c’est son origine. C’est ce qu’il recherchera tout au long de sa vie. Il sait qu’elle existe.

De telles images, un certain nombre d’entre vous en ont déjà vues, et certains les ont mêmes vécues.

Mais combien d’enfants naissent de cette façon ?   On espère qu’ils sont nombreux. Nous savons seulement qu’il y en a vraiment beaucoup d’autres.

Il y a beaucoup d’autres premiers regards sur le monde.

Pour certains, le corps de la mère à peine quitté est déjà absent, la voix du père inexistante.

Le petit qui a été porté avec bonheur retrouve tout de suite le corps de sa mère mais aussi son odeur, sa voix, le rythme de son cœur, le rythme de sa marche, tous ces rythmes de  vie qui vont donner les premiers rythmes de la sienne.
Celui qui perd sa mère à la naissance par décès, abandon, dépression post-partum, prématurité ne retrouve rien de tout cela.  A quoi de connu pourrait-il se raccrocher ?
Et je répète sans cesse cette phrase de Pierre Delion lors d’une conférence sur les compétences des nouveau-nés –   excusez-moi, je le paraphrase : « Comment peut-on encore imaginer qu’un bébé adopté à la naissance puisse aller bien, alors qu’il vient de perdre tous ses repères, acquis pendant 9 mois,  à commencer par l’odeur apaisante de sa mère ? »

C’est donc bien de l’origine constitutive de l’enfant qu’il s’agit, celle qu’il ne pourra ou n’osera jamais quitter sans risquer de s’anéantir lui-même. Si cette origine est l’abandon, la rupture,  si c’est cela que certains ont ressenti dès leur  premier souffle  c’est comme cela qu’au plus profond d’eux-mêmes,  ils vont  se reconnaître dans la vie et nous le faire savoir.
Ceux qui vivent une perte grave plus tard dans la vie, le vivent aussi douloureusement, mais pas comme la constitution, la représentation  d’eux-mêmes qu’ils auront  pu élaborer avant cette perte.
Il ne s’agit donc pas de l’intensité de la douleur mais de la sensation de soi.

C’est quoi la sensation de soi d’un nouveau-né ? Pour celui que je vous ai présenté, c’est une sensation de bien-être, de chaleur, de sécurité, de relation.  C’est ça lui, la sensation de lui, entouré, protégé et victorieux parce qu’il a réussi à capter par son regard, ses pleurs, son existence, la volonté d’un adulte de s’occuper de lui et de le protéger de façon irrévocable. Il a été capable de ce défi.  Il ne le pense pas, il n’a pas encore les mots pour  la pensée. Il le ressent. Ce ressenti, sans autre analyse, va s’inscrire dans son corps, dans ses nerfs, dans toutes ses fibres.  Cela va être simplement lui.
Et on est tous bien contents pour cet enfant.

Chacun s’accapare donc un être plus fort que lui et trouve comment s’y attacher pour le contraindre à le protéger et à lui donner les soins nécessaires.
C’est ce qu’on appelle l’attachement.

L’attachement n’est donc pas un sentiment mais une stratégie de survie du nouveau-né pour obliger le premier être qu’il a à sa portée, généralement sa mère, à s’occuper de lui de façon inconditionnelle.
C’est le premier défi de tout être vivant.

Quand le nouveau-né ne réussit pas ce défi, s’il n’en meurt pas, si d’autres personnes se présentent comme relais pour assurer sa survie,  les conséquences peuvent néanmoins être très graves pour sa construction psychique et sa vie future.  C’est ce que l’on appellera  les troubles de l’attachement.

La théorie de l’attachement a été décrite par John Bowlby, psychanalyste anglais dès les années 50. Son premier volume d’« attachement et perte» date de 1969, mais ses écrits précédents « 44 jeunes voleurs, leurs personnalités et leurs vies familiales » datent de 1944 et son rapport pour l’OMS « Soins maternels et Santé Mentale » date de 1951.
Et s’il en a réuni toute la théorie et l’a décrite, il était loin d’être le premier à s’être penché sur la question.
On peut donc s’étonner qu’elle ne soit prise au sérieux que depuis ces dernières années ou peut-être est-ce une preuve de plus de la lenteur de l’espèce humaine à s’approprier de nouvelles aptitudes.
Aussi la preuve de la peur que l’on a de s’ouvrir à des horizons que l’on ne connaissait pas encore et de mettre ainsi en danger notre propre sécurité interne. Ce sera aussi l’objet de cette intervention.

Fin de la seconde guerre mondiale, les enfants seuls sont nombreux. Londres a connu les bombardements et Winnicott criait pour que les enfants ne soient pas sauvés des bombes sans leur mère.
Pour lui, le danger de la rupture était beaucoup plus important.  Toute la théorie de l’attachement s’inscrit déjà aussi dans les observations de Winnicott.
Bientôt la canadienne Mary Ainsworth qui a découvert la théorie de la sécurité interne par ses professeurs américains, Jean Arsenian et William Blatz rejoindra Bowlby à Londres et mettra au point la Situation Etrange, méthode pour comprendre le mode d’attachement d’un enfant à sa mère.  Elle aura d’abord fait des recherches à Baltimore et en Ouganda pour découvrir que l’attachement était le même dans des cultures différentes, qu’il se construisait avant l’éducation et la culture, qu’il était donc une base humaine fondamentale sur laquelle il fallait compter. (nous en avons régulièrement des preuves)

En 1947, la pédiatre hongroise, Emmy Pikler, inventait une nouvelle forme d’institution et de soins pour  « réparer » les enfants abandonnés et orphelins de guerre. C’est l’expérience de Lóczy, méthode fondamentale de réparation des enfants blessés psychiquement et méthode de reconstruction de sécurité interne. Les résultats sont plus que probants.  Une question : pourquoi  cette méthode est-elle encore si peu utilisée ? (nous reviendrons sur cette méthode plus tard)

On s’est beaucoup excusés dans les pays francophones sur le fait que la théorie de l’attachement était d’abord formulée en anglais.  C’est une fausse excuse.
Les françaises Jenny Aubry et la merveilleuse Myriam David ont travaillé avec John Bowlby et en ont rapporté ses travaux en France.  Et Myriam David a aussi travaillé à Lóczy.

Plan de la présentation

  1. L’attachement : la théorie et son évolution
  2. Les troubles de l’attachement : pour une compréhension commune
  3. L’attachement dans l’adoption
  4. L’alliance parents/professionnels, indispensable, pourquoi ?

1 – L’attachement : la théorie et son évolution

Les bébés ne sont plus vus comme des « tubes digestifs » mais des êtres humains, donc des « êtres de relation » 

L’attachement c’est la construction des premiers liens entre l’enfant et la personne qui s’en occupe.
Et si celle-ci n’est pas sa mère, il y a déjà eu une première rupture. (voir Winnicott et Bowlby)
Il répond à un besoin biologique fondamental (l’appel de l’enfant, la réponse positive de la mère).  Ce besoin est un besoin primaire, il n’est dérivé d’aucun autre.
Et pour cela, le petit humain a trouvé un grappin radical : son regard.
C’est le Docteur Pierre Rousseau qui nous a offert de très belles vidéos de naissances où l’on voit bien ce merveilleux processus.
Certains bébés animaux s’agrippent à leur mère, pour cela ils ont besoin d’une mère à fourrure. Les petits humains n’ont pas cette opportunité, alors ils nous regardent.
Qui peut résister au regard d’un bébé, d’un nouveau-né ?  Il nous capture, nous prend carrément en otage.

L’enfant a besoin pour survivre de s’approprier une personne adulte qui deviendra sa figure d’attachement principale. C’est habituellement sa mère, il la connaissait déjà avant sa naissance. Il aura rapidement besoin de trouver des figures d’attachement secondaires.  La première, la plus favorable, mais aussi la plus nécessaire étant de toute évidence son père.

Le cercle de sécurité de l’enfant s’élargit petit à petit de nouvelles figures d’attachement – famille élargie, institutrice, éducateurs, copains…
Les cercles de sécurité

Mais si la maman n’est pas disponible…
Maman indisponible

Beaucoup de personnes font appel à nous, parfois simplement pour discuter, apporter leur témoignage.

Une femme, mère d’un homme de trente ans m’a un jour appelée pour m’expliquer pourquoi ce fils maintenant adulte allait toujours très mal. Avant toute théorie, elle avait compris.
Quand elle était enceinte, son compagnon l’a quittée.  Toute sa grossesse elle est restée uniquement préoccupée de cette perte, espérant son retour et incapable d’entrer en relation avec le bébé qu’elle portait.  « Je ne lui ai donné que du vide me disait-elle… » Terrible parole.  Elle avait pourtant voulu réparer, aider son enfant à grandir.  Mais sans aide, elle n’y est pas arrivée.  Aucune relation sereine n’a pu se construire entre elle et son enfant avec des conséquences très graves pour l’évolution de celui-ci.  (Une aide est pourtant maintenant possible dans de telles situations !!!… )

La figure d’attachement principale

C’est une personne qui apporte, sécurité, protection, soutien ; qui est un refuge dans les situations angoissantes ; qui donne les soins nécessaires.
Tout cela dans un rythme, une continuité, une prévisibilité pour l’enfant qui lui permettent de ne plus s’occuper lui-même de sa sécurité mais de faire confiance et de s’occuper de ses découvertes d’enfant.

La figure d’attachement principale est donc une personne qui n’est pas interchangeable
et qui ne peut pas disparaître !

 Gros dilemme évidemment pour les intervenants en institution.

Figure d'attachement

Ainsi se construit la confiance primitive, la sécurité interne.

La séparation de la figure d’attachement la plus sécurisante est donc génératrice de protestation, d’angoisse et finalement de dépression. (2)
Il  est à noter que c’est dans les deux premières périodes, protestation et angoisse que se trouvent les  enfants qui nous « posent problèmes », la dépression n’est pas toujours bien perçue, elle concerne plus souvent les enfants qui « s’adaptent » parce qu’ils n’attendent plus rien, ils nous dérangent donc moins même si les conséquences en seront encore plus graves. Mais c’est aussi dans ces deux premières périodes qu’on trouve le mieux des possibilités de réparation.

Dans son article : « Résister : rôle des déterminants affectifs et familiaux »(3), Michel Lemay nous dit très justement : « Combien de fois, dans des maisons d’enfants à caractère sanitaire ou social n’ai-je pas constaté que la zone la plus saine et la plus sauvegardée d’un sujet perçu comme « caractériel » était sa mobilisation crispée de cris, d’opposition, de discussions acharnées pour échapper à la phase suivante qui serait l’installation dans une dépression, puis la fixation dans une sorte d’état indifférent et désabusé où les échanges avec autrui n’auraient plus de place.

Certes, de telles conduites risquent à la longue d’alimenter un sentiment de toute puissance, de créer une sorte de grandiosité asociale et de faire entrer le sujet dans une spirale désespérante de rejet, mais il n’en demeure pas moins vrai que la projection agressive de la douleur était au départ un mécanisme sain »

Le rôle du père :

Si la mère reste toujours la première figure d’attachement principale, le père est la première figure d’attachement secondaire.  Rappelons la signification du mot « secondaire » qui ne veut pas dire « de moindre importance » mais « qui procède de ».  L’enfant sort de sa mère et c’est elle qui lui présente son père.
Et beaucoup dans les nouvelles générations de pères sont déjà entrés avec bonheur en relation avec leur bébé bien avant sa naissance.
Les rôles à chacun, du père et de la mère, sont essentiels, indissociables et ne peuvent se confondre.
Le père est le premier constructeur de l’autonomie, il permet la séparation.
Mais avant d’être le tiers qui aide à séparer l’enfant de sa mère pour qu’il puisse devenir un individu, le père a le rôle fondamental de protecteur de la dyade mère/enfant.

Parce qu’il est impossible de se détacher
si on n’est pas d’abord solidement attaché

Ou encore, de quoi se détacherait-on si on n’est attaché à rien ? (voir Génitrix)
Père : acteur primordial

Remarquons que la seconde colonne est la même pour les deux parents.

L’importance de l’attachement :

C’est donc le moyen indispensable à la survie d’un nouveau-né.
Il permet en outre :

  • De faire face au stress, aux frustrations, aux peurs, aux inquiétudes, aux menaces contre soi-même,
  • De devenir autonome,
  • D’atteindre son plein développement intellectuel
  • De développer des relations harmonieuses
  • Et bientôt d’inventer ses propres projets

La résilience

Cette notion est très médiatisée par Boris Cyrulnik et elle nous fait tellement plaisir.
Elle tente d’expliquer pourquoi devant les mêmes événements traumatisants de la vie, certains peuvent continuer à se construire tandis que d’autres n’y arrivent pas.
En physique, la résilience est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et à reprendre sa forme initiale après un choc.
En psychologie, il s’agit de la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

« Il suffit de 48 heures dans de bons bras pour que le processus neurologique de résilience soit relancé… ».  C’est ce que nous disait Boris Cyrulnik dans une émission sur France 2 il y a quelques années.  (J’en ai gardé la VHS tellement ces propos me semblaient incroyables). (4)
Nous avons tous regardé nos bras, parents de PETALES, en nous demandant s’ils pouvaient être pourris à ce point pour que des années plus tard, parfois des dizaines d’années plus tard, le processus neurologique de résilience ne soit pas relancé chez beaucoup de nos enfants.

Nombre d’auteurs parfois moins médiatisés disent clairement ce que nos enfants nous ont appris :
Enfants traumatisés

Pour Marc-Yves Leclerc se référant aussi à Peter Fonagy : « Les enfants résilients sont des enfants dont l’attachement est sécure».

Mais on a tellement besoin d’y croire.

Nous ne pouvons pas être  dans la croyance, mais dans la recherche. Avec prudence. Et rester prudents avec les neurosciences.  Ce n’est pas parce que dans l’imagerie du cerveau un processus est relancé qu’il l’est automatiquement dans le psychisme de la personne et qu’il y est à maturité. Et encore moins que ce qui n’a pas été construit du fait de ces ruptures l’est tout à coup miraculeusement.  Il reste beaucoup à découvrir dans ce domaine. L’observation des enfants et la relation avec eux est fondamentale.

Il faut donc rester  prudent. Un enfant qui a l’air résilient est parfois simplement un enfant qui s’est adapté pour se protéger,  sans avoir rien résolu et qui donc peut exploser des années, voire des dizaines d’années plus tard.  Nous avons malheureusement beaucoup trop d’exemples où nous nous sommes laissé piéger, nous et tous les intervenants autour d’un même enfant. 

Attention donc à la confusion entre résilience et adaptation !!!

Les dégâts à l’avenir sont souvent considérables.

Bon apparentement, etc… adoption réussie, début rassurant en institution…et même enfant qui a l’air tellement heureux…

Le rôle du cerveau :

Dès les deux premiers mois de la vie intra-utérine, les structures fondamentales du cerveau se mettent déjà en place. On connaît l’influence positive de la sérotonine maternelle (entre autres) sur le développement fœtal et en particulier sur son cerveau.
A la naissance et selon les connaissances actuelles, notre stock de neurones serait définitif et ne serait donc pas renouvelable. Les découvertes actuelles sur la plasticité du cerveau nous donnent néanmoins de meilleures perspectives et  permettront d’encore mieux comprendre dans l’avenir.
Au début de la vie un très grand nombre de « connexions » vont se mettre en place. Le bébé humain se distingue des autres espèces animales par la lenteur et la progressivité des acquisitions physiques et psychologiques et par l’installation tardive de l’autonomie. Mais ce temps du bébé et du très petit enfant est un foisonnement de constructions cérébrales auxquelles participe son environnement et en particulier son environnement relationnel.

Il a en effet non seulement des besoins physiques, mais aussi des besoins affectifs et psychologiques.
L’attachement précoce du fœtus à sa mère pendant les 9 mois de gestation et du bébé juste après la naissance va permettre au petit enfant d’acquérir la sensation de sécurité permanente indispensable à son équilibre et à son évolution affective et mentale.

La qualité de l’attachement et l’environnement vont affecter les fonctions du cerveau et la construction des structures cérébrales.

Un stress psycho-social important et répétitif entraîne chez l’enfant une hypersécrétion de cortisol. L’excès de cortisol entraîne une atrophie de certaines cellules nerveuses et un déficit de la « mémoire inconsciente », base de la sécurité interne.(5)
Les 4 périodes importantes

Il y en a une cinquième : l’adolescence

Elle sera une période de remaniement du mode d’attachement que l’enfant aura élaboré au début de sa vie.  C’est donc une période capitale pour restaurer une sécurité interne défaillante. La formation solide des intervenants à cette période de la vie mais aussi la formation des parents et la qualité de la relation parents/professionnels sont donc fondamentales.
Les travaux notamment  de Michel Delage et Philippe Jeammet sur l’adolescence sont très intéressants.

!!! La confusion fréquence entre comportements résultant des troubles de l’attachement et « crise d’adolescence » ne permet pas de travailler adéquatement à ce remaniement de la sécurité interne. Souvent, quand on leur dit : « c’est la crise d’adolescence »les parents se répondent : « mais alors, il était adolescent à deux ans, à quatre ans… »

Une attention délicate aux amitiés et aux amours adolescentes est importante.  Ils mesurent s’ils sont capables d’être aimés et d’aimer eux-mêmes.  Ils peuvent à ce moment construire une image positive d’eux-mêmes s’ils n’avaient pu la construire avant.

Michel Delage lors d’une conférence à un colloque du Tamaris le 12 juillet 2010 à Bruxelles nous donnait cette jolie parole d’un adolescent qui lui disait : « on tombe amoureux, on se relève attaché »

1° Le désir d’enfant

Est-ce un enfant désiré ?

D’un désir partagé ou seulement d’un seul des parents ?

Un enfant surprise ?

Un enfant réparateur ?  Qui donnera une position sociale ? ou qui « m’» aimera ?

Un enfant qui naîtra d’une mère seule ?

Un enfant conçu dans la pression de l’entourage ou l’obligation culturelle ?

Un enfant né d’un viol ?

Un enfant qui naîtra d’une mère dite « porteuse» ?

Un enfant qui arrive dans des bouleversements sociaux ou psychologiques trop importants

pour son entourage (guerre, deuil, maladie grave, séparation, perte d’emploi,  etc…)

Ses futurs parents sont-ils dans des conditions matérielles et psychiques suffisantes pour l’accueillir ?
Ont-ils eux-mêmes une base d’attachement suffisamment secure ?

Au moment de la conception, il y a donc déjà quelque chose de déterminé par le système familial dans lequel survient l’enfant.

2° La grossesse

Commencent alors pour le futur enfant, 9 mois de vie intra-utérine au cours de laquelle il développe déjà des capacités sensorielles, ouïe, vue, odorat et goût, toucher et sensibilité tactile, balancement.
On sait que la vie imaginaire et fantasmatique de la mère pendant la grossesse représente une base essentielle pour les relations ultérieures qu’elle aura avec son bébé. Est-il pensé, accueilli, rejeté ou dénié ?
Les hormones de bien-être et de bonheur (ex. : sérotonine, dopamine), comme les hormones de stress secrétées par la mère (ex. : excès de cortisol) se transmettent au fœtus et peuvent influencer sa croissance.
Il sera aussi très réceptif aux substances toxiques (ex.: tabac, alcool, drogue,…) qui participeront à la construction de son cerveau.

3° La naissance

La naissance c’est le premier grand défi pour l’enfant.
Il va devoir pour survivre s’attacher un adulte capable de le protéger et de lui assurer tous les soins nécessaires. Le plus favorablement c’est sa mère.
Celui qui y réussit intégrera déjà une confiance en lui-même et dans le monde où il arrive.
Celui qui n’y arrive pas intégrera qu’il ne vaut rien et que le monde où il débarque est dangereux et pas fiable.
 C’est une base d’attachement solide qui permet l’exploration et donc… le détachement.

L’attachement assure la proximité entre l’enfant et sa première figure d’attachement et donc sa protection ; l’exploration assure l’acquisition de connaissances, les découvertes, les relations et l’adaptation aux variations de l’environnement. 

 4° La première année de vie

Le bébé va vivre des milliers de fois un cycle d’attachement normal.
Chaque fois qu’il exprimera un besoin par ses pleurs, ses cris, ses sourires : faim, froid, malaise, envie de câlins…, sa maman le soulagera en répondant à ce besoin.

L’enfant va ainsi développer un sentiment de sécurité, une confiance de base nécesaire qui lui permet de commencer à explorer son environnement.  

5° La deuxième année de la vie

Chaque fois que les parents mettent des limites à l’enfant, un deuxième cycle se déroule où celui-ci apprend petit à petit à se contrôler et à respecter les règles de la société. Pour cela il a appris à reconnaître ses sensations et émotions dans la relation fusionnelle avec sa mère. Il apprend maintenant à les contrôler. L’éducation avec ses frustrations et ses limites devient possible par la confiance de base qui s’est installée.

Il apprend aussi à supporter de différer la réponse à ses besoins avec la certitude qu’ils seront comblés (il a confiance) par ses parents même absents (il a intégré la permanence de l’Objet.)

A partir des expériences quotidiennes de la vie, l’enfant se construit :

un modèle opérationnel interne (MIO)
de sa mère, de l’environnement et de lui-même

Ces modèles sont la représentation pour l’enfant de ce que sont les relations sociales en général et de ce qu’il peut attendre d’un lien affectif particulier, la représentation du monde et de la sécurité ou de l’insécurité qu’il génère.

Idéalement,  l’enfant se construit un modèle flexible et sécurisant qu’il reproduira dans ses futures relations. Un modèle opérationnel interne efficace permet au jeune enfant d’anticiper divers phénomènes et le protège des dangers susceptibles d’apparaître dans son environnement de même que dans des environnements nouveaux et si besoin en est d’appeler à l’aide la personne adéquate en étant sûr qu’il sera aidé.

Mais si suite à des expériences répétées avec sa mère, ce modèle n’est pas reconnu fiable, le comportement de l’enfant peut devenir rigide, inadapté et même pathologique.
Si un très jeune enfant vit du rejet de la part de sa mère, que ce rejet soit réel ou perçu comme tel par l’enfant, il est probable qu’il se forme une image interne de lui-même comme n’étant pas digne d’être aimé ou accepté et un modèle de sa mère comme étant incapable d’assurer sa sécurité fondamentale.
Ce premier modèle évoluera avec sa croissance et ses nouvelles expériences.  Mais malgré ces nouvelles expériences, le modèle relationnel de base pour l’enfant (mais aussi pour l’adulte qu’il deviendra), restera toujours dépendant du premier modèle de représentation du monde et des relations qu’il aura « intégré ».
Nous retournons toujours spontanément à notre berceau.  Nous pouvons avoir du recul, si nous y avons   bien fait le ménage, mais spontanément sans réfléchir, c’est de là que vient notre première réaction à un événement.
« Mon bébé a encore fait des siennes » disait une jeune femme à sa mère. Elle parlait avec beaucoup d’intelligence de son bébé intérieur, celui qui d’abord spontanément réagissait devant tous les événements de la vie,  comme il avait réagi à l’abandon qu’elle avait vécu petite fille. Mais cette jeune femme était de plus en plus capable de ne pas laisser « son bébé intérieur » décider de sa vie.

C’est donc ici que se retrouvent, des enfants, des patients insecures, ceux qui ayant des troubles de l’attachement auront toujours à l’âge adulte des Modèles Internes Opérant de défiance, de défense quand ce  n’est pas d’agressivité. Ce sont ceux qui mettront toujours leurs parents ou tout intervenant en question, quelles que soient leurs compétences et leur empathie, ceux aussi qui essayeront de les mettre en conflit dans leur couple, avec leurs collègues et la toute société.

C’est là qu’on comprend qu’il est important pour ceux qui souffrent de troubles de l’attachement de comprendre ce qu’ils vivent.  Les thérapeutes sont là pour les aider à cela.  Tous les intervenants, parents compris sont là pour les aider à comprendre leurs émotions, leurs réactions et voir si elles sont toujours adéquates pour répondre à une situation qu’ils vivent.


(1) Pierre Delion « La fonction phorique » (ERES – Thema /PSY 2018)

(2) John Bowlby : « Attachement et Perte » T.1 L’attachement (PUF – Le fil rouge 2002)

(3) Michel Lemay : « Résister, rôle des déterminants affectifs et familiaux » article dans : « Ces enfants qui tiennent le coup » sous la direction de Boris Cyrulnik (Journal des psychologues – Hommes et perspectives 2002

(4) Voir « Corneille et sa résilience » Présenté lors de cette émission comme un champion de la résilience
Ses propos des années et une terrible dépression plus tard, remettent les choses bien en place.
https://www.psychologies.com/Culture/Savoirs/Musique/Articles-et-dossiers/Corneille-et-sa-resilience/4 

(5) Voir : « Maltraitance et stress chronique » de Dominique Brunet sur
http://petalesinternational.org/documents/Docs/9BrunetMaltraitanceetStresschronique.pdf)